© Rose GABORY-CIVAM 44

Le cabinet Fauna Flora a effectué au cours de l’été 2025 un inventaire de la biodiversité sur le Parc Ar Mor en se concentrant sur les terrains de dix entreprises membres de PAM* ainsi que sur certaines parties du domaine public. Les résultats, tant sur la flore que la faune, ont agréablement surpris son fondateur, l’écologue Pierre Chasseloup qui voit sur notre zone d’activités une belle opportunité de réconcilier la nature et la ville.

Comment se porte la biodiversité sur le Parc Ar Mor ?
Comme un peu partout, elle se bat pour exister ! Mais elle le fait plutôt bien ici… Pour les non spécialistes, les zones urbanisées sont synonymes de béton, où la vie sauvage n’a pas sa place, et la campagne de lieu privilégié pour la biodiversité. Les choses sont dans les faits un peu plus nuancées. Contrairement aux apparences, nos espaces ruraux ont été beaucoup aménagés par l’Homme. La nature y est fortement maîtrisée et souvent domestiquée à des fins de production. On pourrait parler « d’artificialisation verte ». Au milieu des champs, la diversité du sauvage n’a parfois que de bien maigres surfaces pour s’exprimer. En ville, l’imperméabilisation des sols explique sans doute en partie la nécessité d’avoir créé à côté des « espaces verts ». Sans contraintes économiques, la gestion de ces surfaces est en pleine évolution et leur ensauvagement est grandissant, dépassant parfois de beaucoup celui de bon nombre d’espaces ruraux ! Les résultats ne se font pas attendre. Pour le parc Ar Mor, qui nous intéresse ici, on recense environ 300 espèces végétales et animales inventoriées en 2025 sur les 20 hectares prospectés ! La résilience de la nature y est surprenante. Mais il est néanmoins grand temps de lui donner le champ libre.  

On trouve sur le parc la Molène fausse phlomide mentionnée dans seulement deux communes du département (photo P. Chasseloup)

Quelles espèces avez-vous été surpris de trouver sur le site ? En quoi sont-elles révélatrices de l’état du vivant sur le parc ?
En premier lieu, je citerais la diversité floristique : plus de 240 espèces de plantes sauvages ont été observées ! C’est remarquable sur 20 hectares urbanisés lorsque vous savez, qu’en moyenne, les communes de Loire-Atlantique comptent sur l’ensemble de leur territoire environ 400 plantes sauvages connues. Quelques espèces inattendues font partie de ce catalogue comme des espèces typiquement ligériennes, la Guimauve officinale par exemple. L’influence de la Loire se fait ressentir jusqu’au cœur du parc Ar Mor ! Des espèces rares en Loire-Atlantique ont également été notées comme la Molène fausse phlomide mentionnée dans seulement deux communes du département. Je soulignerais aussi la surprenante diversité de passereaux sur le parc : une trentaine d’espèces d’oiseaux a été notée. La place importante laissée aux arbres explique sans doute en partie cette richesse. Ces résultats nous révèlent une biodiversité pleine de promesses ici, pour ceux qui voudront bien lui laisser un peu de place.

Qu’est-ce qui explique cette vitalité naturelle de la zone ? La pensez-vous durable ou, au contraire, menacée ?
Il y a vingt ans, un bocage historique et typique du nord-ouest de la France occupait la zone. L’artificialisation du site était probablement inéluctable au regard de sa localisation sur la métropole nantaise, mais la manière de l’urbaniser a joué un rôle prépondérant. Les choix d’aménagement précurseurs de l’époque se lisent à travers nos résultats. La banque de graines des prairies naturelles jadis présentes est encore en partie en place sur certaines parcelles et la conservation de certains alignements d’arbres têtards explique de façon évidente la présence de coléoptères emblématiques comme le Grand Capricorne et le Lucane cerf-volant. La résilience de la nature me surprendra toujours. Elle est encouragée par les prises de conscience ainsi que l’évolution des pratiques de gestion des espaces verts qui semblent laisser de plus en plus de place au vivant. Si ces directions se confirment dans le temps et que l’Homme accepte de vivre aux côtés d’une nature en partie non domestiquée, j’ai envie de croire que la présence de cette biodiversité doit pouvoir être durable.

Vu sur le parc Ar Mor : un papillon Collier de corail butinant une centaurée (photo P. Chasseloup)

Cet environnement relativement riche, c’est une opportunité, mais aussi une responsabilité : que faire pour le conforter ?
D’abord, observez la nature, apprenez à la connaître et vivez avec elle. C’est à travers ces belles expériences émotionnelles que la force et la volonté d’agir prendront le mieux leur racine. Les idées d’actions à mettre place par la suite ne manqueront pas, j’en suis sûr ! Les exemples sont multiples et nombreux. Il faudra juste éviter les fausses bonnes idées. Rappelez-vous qu’une haie bocagère plantée et correctement entretenue vaut bien mieux que tous les hôtels à insectes du monde !

Votre travail comprend une série de recommandations pratiques et chiffrées aux entreprises du parc. Quelles sont celles qui vous paraissent aujourd’hui les plus stratégiques, les plus urgentes à mettre en œuvre ?
On communique souvent sur la mise en place d’actions d’aide directe envers de petites espèces. Cela passe la plupart du temps par une substitution artificielle d’un rôle qui devrait être joué par la nature elle-même. Par exemple quand on pose un nichoir ou qu’on installe une mangeoire… Cette dépendance à l’Homme n’est pas souhaitable. Il est bien plus pertinent d’essayer de redonner de l’autonomie à la nature en retrouvant les habitats dans lesquels ces mêmes espèces sont censées nicher et s’alimenter seules ! Je retiendrais ainsi trois thématiques principales à travailler qui vont dans ce sens : l’ensauvagement des espaces enherbés en « raisonnant » les tontes et notamment en laissant des surfaces pousser librement entre avril et septembre, voire au-delà ; ensuite, le choix des espèces ligneuses implantées et la gestion des arbres et des haies ; enfin, la création de micro-habitats diversifiés (fossés, haies sèches, mares, noues, pierriers, tas de bois…). À travers ces actions, vous redonnerez de la place et de l’autonomie à une multitude d’espèces qui savent très bien se débrouiller toutes seules, si on leur en laisse la possibilité !

Pierre Chasseloup au travail sur le parc Ar Mor : « Apprenez à connaître la nature et vivez avec elle » (Photo E. Bruand)

À quoi pourrait ressembler le Parc Ar Mor en 2040 si des efforts communs, publics et privés, se conjuguaient pour favoriser la biodiversité locale ?
J’ai la vision d’une zone d’activité verdoyante où les pelouses tondues à ras toute l’année se seraient transformées en prairies colorées ! Certains parkings bitumés auront même été enherbés. En été, les piétons apprécieront la fraîcheur apportée par les anciens alignements d’arbres têtards devenus de vraies haies bocagères multistrates depuis que l’on aura pris soin de laisser s’exprimer les strates arbustives. Ces dernières feront le bonheur des passereaux. Et de nouvelles haies auront été plantées ! Au détour d’une rue, c’est l’observation d’un balai de libellules qui participera à la qualité d’un cadre de vie envié. Il faut dire que depuis la création de quelques mares sur les terrains de certaines entreprises, ces beaux insectes sont réapparus ! Et le soir, en quittant tardivement les bureaux, on assistera peut-être au spectaculaire envol d’une colonie de chauves-souris découverte sous un bardage protégé pour l’occasion !

  • Les 10 entreprises visitées par Pierre Chasseloup à l’été 2025 : ASI, Cetrac, Conserto, Euptouyou, Fidal, Galeo, RCA (Novawest), Sopra Steria, Vinci Energies (Metronomy), Zénith

Pierre Chasseloup « Installé en Anjou depuis plus de quarante ans, j’ai débuté ma carrière professionnelle au CPIE Loire Anjou au sein duquel je suis resté plus de vingt ans !  J’ai choisi de quitter la direction de cette équipe de 24 salariés pour reprendre le chemin de l’opérationnalité. Depuis 2025, je partage mon temps entre l’antenne des Pays de la Loire du Conservatoire Botanique National de Brest et une activité individuelle d’expertise, de conseil et de formation à travers la structure Fauna Flora ».
« Écologue généraliste, mon domaine de spécialisation reste la botanique pour laquelle je voue une véritable passion qui m’a amené à participer à quelques publications régionales (Dortel F., Magnanon S., Brindejonc O., 2015 – Liste rouge de la Flore vasculaire des Pays de la Loire (membre du groupe d’experts associés représentant le Maine-et-Loire ; Geslin J., Lacroix P., Le Bail J., Guyader D., 2015 – La Flore de Maine-et-Loire (auteurs de 22 395 données : 8ème plus important contributeur en nombre d’observations transmises) ; Mesnage C., Chasseloup P., Férard P., 2021 – Expérimentation de translocation de bulbes de Tulipa sylvestris subsp. sylvestris dans les vignobles du Pays nantais et de l’Anjou, E.R.I.C.A., 35 : 53-62,…) »

Une entreprise du parc d'armor

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Implantée au sein de la zone Ar Mor depuis 2017, RCA est un éditeur de logiciels aux côtés des Experts-Comptables depuis plus de 20 ans. 100 % tech, indépendante, inclusive, solidaire et nantaise, RCA réalise un CA de 25M€ et comprend 230 collaborateurs.

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